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Géolocalisation des images : du coutelas de Rahan jusqu’aux géotags

Innovation et Usages numériques, Mes billets Commentaires (7)

Le baguenaudage assisté par ordinateur

Le verbe « baguenauder«  est un verbe transitif hélas suranné qui signifie familièrement « flâner » (synonyme de « batifoler »). Il est merveilleusement présent dans une chanson de Gotainer servant de fond sonore pour la publicité d’un fromage crémeux, une animation dans laquelle une jeune femme, dotée de deux tresses blondes et d’une tenue rustique, offre tout au long de son parcours campagnard un morceau du dit fromage à tous les passants, et ce, toute génération confondue (il est vrai que le fromage contient du calcium, qui est très bon pour les jeunes ou vieux os) :

« Tu baguenaudes dans les pâturages,
Tu t’en vas te promener, Belle des Champs
Qu’il est blanc, qu’il est crémeux ton fromage
Dis, donne-nous en un peu, Belle des Champs
Dis, tu nous en donnes, dis ? Oh oui, donne-nous-en
Donne, donne, donne, dis, Belle, Belle des Champs
Dis, donne-nous un peu de ton fromage
Tout le monde t’aime tant, Belle des Champs… »

Pourquoi parler ici de B.A.O. (Baguenaudage Assisté par Ordinateur) ?

Dimanche dernier je décidais d’embarquer dans mon sac mon vieil appareil GPS portable afin d’accompagner ma tendre épouse et moi-même pour une ballade en Vélib’ dans Paris : Ah ! que Paris en vélo est merveilleux, lorsque les aoutiens et les émanations des pots d’échappements désertent la capitale !

Quai de bercy

Pépita sur le quai de Bercy

Pour la première fois, j’activais le mode « enregistrement du tracé » (tracking) sur mon GPS portable afin qu’il suive nos baguenaudages, et accessoirement pour pouvoir hypothétiquement exploiter les données d’enregistrement de ce parcours. Tout cela afin de tenter par la suite l’insertion des données de géolocalisation dans les fichiers des photos que nous ne manquerions pas de prendre au cours de notre ballade. Nos appareils photos numériques Nikon D40 et Sony T7 étaient en effet eux-aussi de la partie, dans le sac du porte-bagage avant du Vélib’.

iQue 3600, gPS sous Palm

iQue 3600, GPS sous Palm

Lundi matin, j’arrivais au bureau et ma collègue Sonia me demandait comment mon week-end s’était passé. Je lui racontais donc notamment que j’avais réussi à utiliser les données de mon GPS pour géolocaliser les photos prises pendant la ballade de la veille. Sonia me disait donc être très intéressée par le sujet, dans la perspective de ses vacances familiales imminentes : elle est équipée d’un GPS portable et d’un appareil photo numérique, comme beaucoup de personnes maintenant. Un livre de vacances avec une belle carte géographique parsemée des photos prises aux divers endroits parcourus, voilà qui peut intéresser certains. Sonia me demandait donc de lui donner quelques explications et méthodes.

Même si de nombreux billets et informations sont déjà présentes sur le web et que certains internautes sont bien plus pointus que moi sur le sujet (notamment le forum francophone gpspassion.com, une vrai mine d’or), je me dis alors qu’il vaut mieux écrire modestement le présent billet et faire profiter ceux que cela pourrait éventuellement intéresser. En effet, comme le dit si bien mon ami Daniel :

« Ce qui n’est pas partagé est perdu« .

Vous aurez également déjà remarqué que ce billet trainera en longueur, car je suis plutôt déjà parti dans tous les sens… sans GPS.

Le site http://www.earthalbum.com, une intégration des photos publiques de Flickr dans Google Maps.

Géolocaliser des photos, c’est tout simplement mentionner à quel endroit ont été prises des photos. A l’ère du numérique et d’internet, nous avons la possibilité d’afficher sur un écran ces photos sur une carte géographique et cela pour tout individu connecté sur le web.

Il existe plusieurs solutions et techniques. Pour commencer, il faut bien sur avoir la possibilité de disposer de clichés sous la forme de fichiers numériques, provenant directement d’un appareil photo numérique ou autre appareil (par exemple un téléphone portable doté d’un appareil photo, maintenant très répandu..) ou d’une photo numérisée à l’aide d’un scanner.

A partir de là, une multitude de possibilité s’offre à vous. J’en aborderai ici quelques unes.

Placer les photos soi-même sur une carte

Tout d’abord vous pouvez utiliser un logiciel gratuit comme Picasa ou Google Earth de Google, ou un service en ligne comme flickr, loc.alize.us, panoramio, locr… pour placer vous même vos photos sur une carte à l’écran. Tous ces programmes et sites web exploitent les cartes en ligne Yahoo! Maps et majoritairement Google Maps via leur API.

Organisation de la carte des photos sur flickr.com

Organisation de la carte des photos sur flickr.com

Pour ma part, étant donné que je mets en ligne mes photos via mon compte PRO sur Flickr, (de Yahoo!, utilisant donc Yahoo! Maps) j’ai d’abord commencé par placer les photos moi-même sur la carte via le service d’organisation des photos en ligne sur le site, très bien conçu du point de vue ergonomique.

Placer les photos sur la carte, cela permet :

  • de s’amuser, c’est ludique,
  • de faire travailler sa mémoire et ses connaissances,
  • de se promener virtuellement sur un territoire,
  • de faire des recherches sur le web et procéder par recoupement pour retrouver précisément un lieu.

Oui mais voilà : on peut avoir du mal à se rappeler où une photo a été prise précisément mais surtout, tout cela peut prendre beaucoup de temps. Il reste alors d’autres solutions, qui consistent à exploiter des données issues d’un appareil GPS pour localiser les clichés.

Géotaguer les images

L’information géographique balisée dans un fichier images s’appelle un « geotag« . Le type de géotag le plus universel et le plus répandu est celui contenu dans les informations EXIF (voir paragraphe ci-dessous). Les géotags peuvent également être contenus dans des balises au format  IPTC (voir plus bas : « Logiciels d’édition de géotag »).

Intégration des métadonnées GPS dans les données EXIF des fichiers de photos

L’EXIF, ou Exchangeable Image File Format est une norme de format de fichier pour les images utilisées par les appareils photographiques numériques, ou tout autre appareil électronique digital disposant d’une fonction d’appareil photo (comme les smartphones).

Les appareils numériques insèrent automatiquement des métadonnées au moment de la prise du cliché (heure, date, nom de l’appareil photo, etc.).  Les métadonnées peuvent être également rajoutées ou modifiées à postériori, via différentes programmes d’édition de fichiers images ou autres systèmes (nous allons y revenir plus bas). Ces métadonnées seront ensuite lisibles et exploitables par les logiciels ou services en ligne, etc.

Les coordonnées GPS font parties des données EXIF qui peuvent être insérées dans le fichier. Pour faire simple, nous dirons que l’information sur la position géographique de la photo peut être renseignée dans le fichier image. Par exemple, si ma photo contient les métadonnées EXIF de localisation GPS, alors le service en ligne Flickr sera capable d’afficher automatiquement ma photo sur une carte en ligne sans intervention de ma part.

Exemple de données GPS dans les métadonnées EXIF d'un fichier image

Exemple de données GPS dans les métadonnées EXIF d'un fichier image

Certains appareils photos numériques intègrent déjà des récepteurs GPS, tel le Nikon Coolpix P6000 dont la sortie est annoncée aujourd’hui par Nikon (voir aussi cet article). Dans un avenir proche, l’intégration du GPS dans les appareils photos sera sans doute répandue : selon un article paru sur Cnet, les responsables de Sony et de Canon annoncent que la géolocalisation constituera l’une des fonctions essentielles d’un appareil photo d’ici quelques mois.

Le Nikon Coolpix P6000 avec GPS intégré

Le Nikon Coolpix P6000 avec GPS intégré

Si l’on ne dispose pas d’un tel appareil, on peut utiliser un appareil portable GPS pour mémoriser un tracé (tracking) ou des positions (Waypoints), puis insérer les données GPS dans les données EXIF des fichiers images. Bien sûr, il sera indispensable que l’horloge de l’appareil GPS et de l’appareil photo numérique soient sensiblement les mêmes afin que la synchronisation entre les données GPS et les bons fichiers d’images soit possible et fiable.

Enfin, il faut savoir que le format de fichier JPEG pour les photos est le plus approprié pour les diverses solutions possibles.

Les téléphones portables intègrent le plus souvent un appareil photo. Les plus évolués d’entre eux, les smartphones (tel l’iPhone) intègrent également des fonctions de géolocalisation en utilisant à la fois le GPS, la localisation via la connexion au relais téléphonique ou les connexions aux réseaux Wifi via des triangulations. Ces différents modes de géolocalisation permettront d’insérer les coordonnées GPS dans les données EXIF du fichier de la photo prise avec le téléphone. Le schéma ci-dessous représente le principe de fonctionnement :

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La géolocalisation multisource avec un smartphone

Exploitation des données d’un tracé mémorisé par un appareil GPS

C’était mon cas dimanche dernier. Je dispose d’un Garmin iQue 3600 (le premier PDA sous Palm OS équipé d’une antenne GPS) qui est donc extrêmement ancien puisque je l’ai acheté il y a 4 ans, juste avant mon départ pour des vacances estivales et familiales en Bretagne. En effet, si l’on voulait comparer l’échelle temporelle de l’évolution des appareils GPS portables avec l’évolution de l’espèce humaine, nous pouvons dire que mon GPS portable date du paléolithique inférieur. Le paléolithique inférieur est la première période de la préhistoire et elle est marquée par l’apparition de l’homme en Afrique. Mon pote Goomi rajoutera justement que c’est aussi la période où Rahan, le fils de Crao et des âges farouches, inventa le premier GPS portable, j’ai nommé son fameux coutelas d’ivoire, qu’il fait tourner sur une pierre à chaque fin d’épisode pour choisir le chemin où le destin va le mener.

GPS du paléolithique

GPS du paléolithique

Les plus sérieux, passionnés de science fiction, fans de Philip K. Dick, ou physiciens en herbe décuvant à la fin des fêtes de Bayonne me feront certainement remarquer que le coutelas d’ivoire de Rahan n’est pas le premier GPS portable, mais plutôt le premier « générateur aléatoire d’incertitude ». Mais peu importe…

Le coutelas d'ivoire de Rahan

Le coutelas d'ivoire de Rahan

Pour les intéressés sachez qu’un gros dossier « Rahan aurait-il pu être Pénible ? » a été publié sur le site web des Pénibles de Mauvezin. Mais je m’égare. Et pour retrouver mon chemin le GPS est là : du coup nous revenons dans notre sujet.

Visualisation google Earth de la ballade de dimancheVisualisation Google Earth de la ballade de dimanche dernier à partir du fichier GPX

En rentrant de notre promenade de dimanche, j’ai donc connecté mon Garmin iQue 3600 (tournant sous Palm OS 5) sur mon PC (sous Windows XP) et réalisé une synchronisation via HotSync afin de récupérer le fichier contenant les données sur le parcours réalisé. Au préalable, j’avais installé le programme iQue Track Conduit permettant de récupérer le fichier de trace Tracks.mps. Les fichiers au format *.mps sont des fichier MapSource de Garmin, utilisables dans le programme de même nom: MapSource. J’avais, il y a longtemps, utlisé le programme pour installer les cartes sur mon GPS portable. Mais il y a belle lurette que je nai plus ce programme sur mon PC portable préféré, qui a déjà subi plusieurs reformatages, et un changement de disque dur…

J’ai donc trouvé sur le web un petit programme gratuit, GPSBabel (il y en a d’autres… ) qui m’a permis de convertir le fichier MapSource *.mps de Garmin en un fichier au format GPX exploitable dans Google Earth (le fichier pourra être ouvert et le tracé sera affiché) mais aussi par beaucoup d’autres programmes.

Remarque : utilisation de smartphones pour le tracking

Les smartphones sont des appareils de plus en plus répandus et de plus en plus convergents en terme d’usages. Comme nous l’avons déjà dit plus haut, les smartphones de dernière génération sont dotés de capacités de géolocalisation (avec GPS, en exploitant le réseau cellulaire, les connexions Wifi, par triangulation) qui permettent de géotaguer les photos prises avec ces appareils. Mais ces smartphones permettent également de tracer un parcours (tracking) pour l’exploiter en temps réel, ou à posteriori (voir ci-dessous) pour éventuellement géotaguer les photos. Pour cette dernière fonctionnalité, du côté des applications disponibles pour les smartphones sous Android ou les iPhone, citons l’application GeotagPhotos.

Application GeoTagPhotosProL’Application GeoTagPhotos Pro pour Android/iPhone

Logiciels d’édition de géotag

C’est maintenant que nous arrivons au cœur du sujet : j’ai utilisé le logiciel Geosetter, un programme gratuit, disponible en français et très bien foutu, afin de récupérer le fichier *.gpx contenant les données GPS et la chronologie du tracé pour ensuite mettre à jour les métadonnées EXIF de chaque image (le traitement par lot est bien sûr possible) : en fonction de l’heure de chaque cliché, le programme renseigne avec la position GPS correspondante à l’heure sur le tracé. A noter, Geosetter sait très bien récupérer des fichiers de logs et de tracés de parcours sous divers formats : il le fait très bien avec l’ATP Photo Finder que j’utilise (voir ci-dessous).

Geosetter permet une gestion complète des géotags. Non seulement il permet d’exploiter des fichiers de traces GPS  pour géotaguer les photos, mais il permet aussi de géotaguer les photos manuellement sur une carte, en traitant les images individuellement ou par lot, modifier le géotag manuellement en éditant les données ou en déplaçant les photos sur la carte, etc. Non seulement vous pourrez exploiter et éditer les métadonnées de format  EXIF, mais vous pourrez aussi les gérer au format IPTC, qui est un autre format de métadonnées de fichier largement exploité par de nombreux logiciels, sites web et services en ligne pour extraire des informations taguées dans les fichiers images : mots-clé, auteur, description de l’image, etc.

Le logiciel GeosetterLe logiciel Geosetter, gratuit et disponible en français

D’autres programmes gratuits permettent d’utiliser un fichier de tracé GPS pour renseigner les métadonnées des fichiers d’image. Citons GPicSync, voir aussi ce billet. Pour les linuxiens citons l’excellent digikam et les kipi-plugins disponibles sur les dépôts d’Ubuntu (voir le tutoriel). Pour les détenteurs de machines Mac, voir le logiciel gratuit GPSPhotoLinker.

Les versions payantes de Google Earth, (voir la comparaison entre la version gratuite et les versions payantes), permettent l’import direct de repères et de tracés issus de certains appareils GPS portables de marque Garmin et Magellan, voir ici.

Synchronisation directe d’un appareil GPS avec les fichiers image sans utiliser un ordinateur

Une solution intéressante, l’ATP Photo Finder (avec pour préalable que les horloges de l’appareil GPS et de vos appareils photos numériques soient réglées à la même heure) permettra, après votre ballade, de sortir de votre appareil photo numérique la carte mémoire contenant vos photos, pour la placer directement dans ce GPS portable (si votre carte mémoire est une SD) ou bien au lecteur de carte multiple connecté sur l’appareil GPS (s’il s’agit d’un format de carte autre que SD) : l’ATP Photo Finder ajoutera alors automatiquement les coordonnées GPS dans les métadonnées de chaque fichier image (voir ce billet sur le blog Natchers). En ce qui me concerne, lorsque j’essaye l’insertion des données directement sur ma carte SD, cet appareil me bousille toutes mes fichiers de photos. Pour préserver mes fichiers et insérer les infos GPS, la solutions consiste à récupérer les données de l’appareil depuis le logiciel Geosetter (voir plus haut).

Publication sur un blog de contenus liés à un parcours ou itinéraire

Voir ce très intéressant benchmark de David sur des applications iPhone et des services en ligne utilisables afin de préparer des parcours et itinéraires, les tracer et publier du contenu issu du parcours sur un blog.

Géolocalisation des béouèts pour la prochaîne Pentecotavic ?

L’application PhpWebGallery est un gestionnaire de galerie d’image pour site web. J’utilise ce système pour le site de photo des Béouèts de Vic-Fezensac. Il existe un plugin, RV Maps & Earth, pour exploiter les informations GPS dans les métadonnées EXIF des images afin de visualiser les photos sur une carte Google Maps. Aura-t-on une géolocalisation des béouèts dans les différentes ruelles, bodegas et peñas de Vic-Fezensac lors de la Pentecôtavic 2009 ? Les deux photographes du site des beoutsavic en discutent…

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Le 6 août 2008
Par
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2 Rétroliens/Trackbacks

  • Pingback: Titou - webmaster » Capturer des instants quelque part et les publier partout, lapin et autres objets…

  • Géolocalisation

    merci pour l'info

  • http://www.trackmypals.com/ Antho

    Bonjour,

    Pour les sites pour placer vos photos, le nouveau né est TrackMyPals, un site 100% géo localisation qui va certainement devenir l'incontournable des voyageurs d'ici quelques temps !

  • http://www.titou.net/profil titou

    Bonjour,

    OK, et bien on va aller voir ce TrackMyPals alors !

  • pat de yoff

    je vous propose d’acquérir un des géolocalisateur i-gotU (http://www.i-gotu.com/) il est livré avec, entre autre, un logiciel ad hoc pour inscrire les coordonnées dans le fichier exif de vos photos (seule condition:  votre APN doit être calé sur l’heure du i-gotU [heure gps]). Le modèle de base (GT-120) stocke jusqu’à  65000 waypoints, le suivant (GT-600  262 000 points)  et c’est vous qui choisissez le délais entre chaque waypoint.  65000 waypoints avec un délais de 5 secondes c’est 90 h et 16 minute de ballade!!!!!! Allez voir ce tuto: http://igotu-gt120.blogspot.com/2009/07/truc-et-astuces-du-igotu-gt-120.html. je trouve ce système particulièrement performant. 800 photos lors d’un voyage en Nouvelle Zélande et  elles sont toutes géolocalisées au mètre près!!! C’est plus facile pour les commenter par la suite!! Et surtout ils sont à peine plus gros que la sangle de l’APN

  • Pingback: Quelle alternative à Geosetter pour Windows pour geotagguer les photos sur Mac ? | titou.net

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